Compter les ponts permet de ne pas se perdre. Connaître leur décor transforme chacun d’eux en scène. Voici le parcours historique dans le même ordre que votre navigation à l’aller.

1764le Contades devient promenade
1860ouverture des Bains Weisz
1892achèvement de l’ancien pont de l’Université

Le parcours en neuf chapitres

01

Pont Maurice Barrès — le choix se joue ici

Juste après ce premier repère, l’itinéraire prend le bras de gauche. Le nom évoque Maurice Barrès, écrivain et député lorrain, figure majeure mais controversée du nationalisme antidreyfusard.

Le nom du pont est officiel ; la délibération précisant le dédicataire exact n’a pas été retrouvée.
02

Pont Schützenberger — un nom de bâtisseur

Le patronyme traverse l’histoire locale. Georges-Frédéric Schutzenberger, maire de 1837 à 1848, accompagna la modernisation des quais, des parcs, de l’éclairage au gaz et l’arrivée du chemin de fer.

Le référentiel municipal écrit « Schutzenberger » ; le lien exact avec le maire ou la famille reste à confirmer par les archives.
03

Passerelle Ungemach — la carte postale a un envers

La cité-jardin née au début des années 1920 aligne environ 140 maisons avec jardin sur douze hectares. Le projet social voulait loger de jeunes familles, mais reposait aussi sur une sélection nataliste aujourd’hui relue avec un regard critique.

04

Pont Lauth — maire sous tension

Le nom renvoie probablement à Ernest Lauth, maire lorsque Strasbourg bascule dans l’Empire allemand. Il lance en 1872 la reconstruction du musée détruit pendant le siège, puis est destitué en 1873.

L’identification est très probable ; la délibération de dénomination reste à retrouver.
05

Pont de la Protestation — le petit temple d’un grand « non »

Le 17 février 1871, les représentants d’Alsace-Lorraine refusent solennellement devant l’Assemblée nationale réunie à Bordeaux la cession de leurs provinces. Les colonnes donnent au pont une allure de temple civique.

Son vrai nom est Pont de la Protestation, pas « pont Ohmacht ». Aucun document consulté ne prouve que les colonnes symbolisent directement la déclaration.
06

Passerelle des Arquebusiers — des tirs aux feuillages

Le nom fait écho au passé militaire du secteur. Tout près, le Contades fut un champ de tir avant de devenir, en 1764, une promenade élégante hors des murs.

Le lien étymologique direct entre la passerelle et ce champ de tir n’est pas encore documenté.
07

Pont Abraham Deutsch — transmettre et reconstruire

Rabbin à Bischheim puis grand rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin, Abraham Deutsch anima la communauté strasbourgeoise repliée à Limoges pendant la guerre et participa à sa reconstruction après 1945.

Le rapprochement avec le grand rabbin est hautement probable ; la délibération d’attribution reste à confirmer.
08

Pont des Vosges — la grande ligne droite de la Neustadt

Il coupe l’axe des avenues des Vosges, d’Alsace et de la Forêt-Noire. Cette artère de circulation fut dessinée parallèlement à l’axe monumental République–Université : le trafic d’un côté, les perspectives de prestige de l’autre.

09

Pont d’Auvergne — entre savoir et mémoire

Achevé en 1892 par Johann-Carl Ott, l’ancien pont de l’Université aligne trois travées métalliques et un profil bas qui préserve la perspective. Son nom actuel fait écho au repli de l’Université de Strasbourg à Clermont-Ferrand pendant la Seconde Guerre mondiale.

La date et le motif administratif précis du changement de nom demandent encore une vérification aux Archives.
Entre les ponts 6 et 7

Les Bains Weisz

Ici, Strasbourg nageait directement dans l’Aar. Ouverts en 1860, les bains reçoivent en 1947 un bassin de compétition de 50 mètres avant de fermer dans les années 1960. En pagayant, vous traversez donc une ancienne piscine à ciel ouvert — sans lignes d’eau.

Le Contades, du tir au chic

En 1764, un ancien champ de tir devient promenade hors les murs, bientôt adoptée par la bonne société. Son kiosque en fonte date de 1882 : d’abord place Broglie, il rejoint le parc en 1900.

Saint-Paul, l’amer monumental

À la pointe de l’île Sainte-Hélène, Louis Muller construit de 1892 à 1897 une église de garnison protestante allemande. Deux flèches de 76 mètres, une rose de huit mètres et seize portes en font un repère que l’on ne confond pas.

Le Chat qui n’a pas peur de l’eau

En 2000, Alain Séchas installe aux Rives de l’Aar un baigneur félin de 4,50 mètres, pieds palmés et bouée à la taille. Commandé pour l’arrivée du tram à Schiltigheim, il devient l’aiguilleur le plus improbable entre route, rails et rivière.

Un petit passé portuaire

Dès 1816, du bois venu de la Forêt-Noire gagne Strasbourg par la Kinzig, le Rhin puis l’Ill. Un petit port est créé en 1854 pour les industries de Schiltigheim ; il est comblé en 1958.

Voltaire et Rousseau au Tivoli

Le château de l’île Jars, devenu villa Voltaire, accueillit Voltaire ainsi que Jean-Jacques Rousseau. Bien avant les cyclistes et les kayaks, deux géants des Lumières avaient déjà repéré les rives.

La frise minute

1764Le Contades devient promenade.
1860Ouverture des Bains Weisz.
1871Protestation de Bordeaux contre la cession de l’Alsace-Lorraine.
1882Création du kiosque qui rejoindra le Contades en 1900.
1892Achèvement de l’ancien pont de l’Université.
1892–1897Construction de l’église Saint-Paul.
Années 1920Naissance de la cité-jardin Ungemach.
1939–1944L’Université de Strasbourg se replie à Clermont-Ferrand et devient un foyer de résistance.
1947Bassin de compétition aux Bains Weisz ; Abraham Deutsch devient grand rabbin.
2000Arrivée du Chat des Rives de l’Aar avec le tram.
2017La Neustadt rejoint le périmètre UNESCO de Strasbourg.

Des noms qui deviennent des histoires

Abraham Deutsch

Rabbin, enseignant et artisan de la reconstruction de la communauté juive strasbourgeoise après 1945.

Johann-Carl Ott

Architecte en chef qui concilie, au pont d’Auvergne, circulation, navigation et perspective monumentale.

Alain Séchas

L’artiste qui installe un chat-baigneur géant entre l’Aar et le tram, avec l’humour pour boussole.

Marc Bloch

Historien strasbourgeois, cofondateur des Annales et résistant, fusillé le 16 juin 1944.

Paul Collomp

Helléniste tué en s’interposant lors de la rafle de l’Université repliée à Clermont-Ferrand en 1943.

Jean Cavaillès

Philosophe, mathématicien et résistant : une pensée qui refuse de rester spectatrice.

Sources patrimoniales